Une architecture, une histoire

LE FORT

De 1517 à sa création du Fort

Depuis sa création en 1517, Le Havre a toujours eu un rôle stratégique. D’abord port militaire, dans le but de mettre à l’abri la flotte de guerre du roi François 1er, il était primordial d’ériger des remparts autour de la ville et donc du port sis en centre-ville à cette époque.

De la création de la ville et du port jusqu’à la révolution française, Le Havre était uniquement composée de deux quartiers : Notre-Dame et St François. En 1601, 10 000 personnes habitent au Havre ; en 1780,
20 000 personnes sont contraints de cohabiter sur la même superficie. Très logiquement, la ville souffre dès lors d’insalubrité.
1787, François Laurent Lamandé, ingénieur et architecte, exécute les travaux du port du Havre et l’aménagement de la ville, établit un plan d’agrandissement prévoyant la destruction des remparts autour de la ville et la construction de nouvelles fortifications 500 m plus au nord. S’ils existaient encore, ces remparts seraient situés sur le boulevard de Strasbourg, sur la place de l’Hôtel de Ville et sur une partie de l’avenue Foch.

Le Havre - Le Fort de Tourneville et la Rue de l'Abbaye.

Des usines

La construction de cette nouvelle enceinte fut longue.

Elle sera totalement achevée en 1837. Un retard causé par la révolution française et les troubles qui lui sont liés puis par les guerres napoléoniennes. Tandis que la révolution industrielle bat son plein, on achemine les matières premières dans le port ces dernières étant transformées dans des usines.
Pour faire tourner ces usines, une nouvelle population vient s’installer au Havre.

De nouveaux territoires

14 ans seulement après la fin des travaux, la ville étouffe dans ses remparts de plus en plus étroits. En 1852, les autorités municipales demandent à Napoléon III l’autorisation de les détruire et d’annexer de nouveaux territoires au nord et à l’est.

La contrepartie de la destruction de ces fortifications fut la construction de forts sur la côte. Dès 1854, les forts de Ste Adresse et de Tourneville sont bâtis, suivis des forts du Mont-Joly et de de L’Eure.

Tourneville, un fort pour protéger les hauteurs de la ville

Le fort de Sainte-Adresse avait pour mission d’empêcher une flotte ennemie de se rapprocher des côtes alors que la vocation du fort de Tourneville était d’empêcher une troupe ennemie de prendre position sur les hauteurs de la ville.

Ce système de fort empêcha ainsi les Prussiens de prendre la ville durant la guerre de 1870. Le fort de Tourneville perd sa vocation défensive en 1880 pour devenir une caserne jusqu’en 1976, date de sa fermeture à des activités militaires.

Il est alors acheté pour 1 franc symbolique par la ville du Havre qui y installe des locaux techniques, les archives municipales, les archives du muséum d’histoire naturelle puis permet à diverses associations d’y développer des activités.


LE SONIC

Inauguré en septembre 2013

Basé dans l’aile sud est du Fort de Tourneville, Le SONIC, pôle de répétition dédié aux musiques actuelles au Havre, a été inauguré le vendredi 13 septembre 2013. Phase 1 du projet porté par le CEM au Fort de Tourneville, ce lieu doté de 6 locaux de répétition et d’une scène pédagogique (Le TUBE), permet à tous les musiciens de retrouver, au Havre, un espace de répétition, de création et de diffusion ultra performant.

L’accueil du public, qu’il soit initié ou non, reste unanime : la beauté intérieure et extérieure du bâtiment, la qualité de la réhabilitation de ce patrimoine à l’abandon depuis plus de 30 ans, la répartition des espaces et leur réponse technique et acoustique, sont salués par tous.

Outre ses prédispositions en termes de bâtiment, cet espace a révélé des caractéristiques architecturales et techniques exceptionnelles.
On note que ce projet a été soutenu par la Ville du Havre, la DRAC, la région Haute-Normandie, le département de Seine-Maritime et le mécénat de la Fondation Total en partenariat avec la Fondation du patrimoine.

Le projet architectural

L’équipe du CEM a choisi de travailler avec deux architectes, Yvan Franic et Michel Garcin (AsA Arctectes), spécialistes de réhabilitation et de construction d’équipements dédiés aux musiques actuelles. La rencontre eu lieu à la Batterie de Guyancourt, fort militaire, réplique « miniature » du Fort de Tourneville réhabilité de manière exemplaire en pôle musiques actuelles (locaux de répétition, salle de concert, restaurant, bureaux).
Concevoir un équipement public performant et convivial dans un site architectural dont la valeur patrimoniale est indéniable tout en respectant les multiples contraintes liées à l’acoustique, à la sécurité, à l’accessibilité constitue une sorte de gageure.

Nombreuses sont les obligations techniques et réglementaires qui se télescopent et qui doivent être maîtrisées pour offrir aux utilisateurs, musiciens, enseignants, personnels d’encadrement un espace de vie à la fois performant, fonctionnel et susceptible de s’adapter à des modes d’exploitation non encore envisagés. Avec le projet architectural du SONIC, il était ici question de prendre en compte cette valeur patrimoniale et historique des lieux. Un traitement contemporain répondant au programme, s’est attaché à renforcer l’ancrage dans la mémoire collective des habitants qui redécouvrent une part de leur passé tournée vers le futur.

Une parcelle de terrain située dans l’angle du Fort de Tourneville constituait un ensemble délaissé offrant pourtant un réel potentiel. Des voûtes à l’abandon et le bâtiment totalement enterré qui a été mis à nu et dont les façades sont désormais restaurées définissent l’esprit du SONIC : ancré dans son passé architectural et patrimonial, il accueille des activités de « l’acoustique de l’extrême » dans un cadre respectant son histoire.

Le patrimoine : des découvertes exceptionnelles

Lors de la première visite du Fort l’équipe du CEM s’est frayée un chemin entre les broussailles pour atteindre ces bâtiments à l’abandon. La première découverte fut la partie en étoile qui abrite maintenant les 6 studios.

Il a fallu ouvrir un passage au travers une végétation plus abondante encore pour atteindre la porte d’un bâtiment complètement enseveli par la terre, les arbres et les ronces. Une fois le cadenas ouvert, nous avons découvert un tube, une salle toute en longueur sans la moindre percée d’un rayon de soleil. À la lumière des portables, nous avons deviné des murs blancs recouverts de graffitis dont certains dataient du début du XXème siècle ainsi qu’une voûte majestueuse et en parfait état.
Très rapidement les architectes ont envisagé de relier les deux espaces jusque là abandonnés, par un bâtiment neuf de construction contemporaine. Le bâtiment d’accueil et de liaison, aux lignes horizontales, développe une large circulation vitrée et répond à l’architecture de briques par un traitement en acier corten, verre et métal évoquant l’esprit militaire et maritime.

Dans le respect du patrimoine, le souhait fut émis de lui redonner image et forme exceptionnelles en le confrontant à notre époque, ses matériaux et ses techniques.

Automne 2011 : Afin de réaliser le dossier de consultation des entreprises, des travaux préparatoires sont engagés : il est impératif de s’approcher de l’ancienne soute à munition (Le TUBE) qui, du fait de sa vocation initiale avait été effacée des plans de masse du Fort de Tourneville. Pas moins de 1000 mètres cubes de terre sont retirés.

Février 2012 : Une période de gel intense, et peut être l’enlèvement de cette masse de terre aux abords de la soute, causent une infiltration au plafond du bâtiment et contraignent à abattre les arbres et à extraire la terre qui recouvre le toit. Il est convenu qu’une fois l’étanchéité établie, la terre sera remise et la végétation replantée.

Alors que, faute de plan du bâtiment, les architectes pensaient trouver un toit plat, voire arrondi, l’architecture qui se révéla fut une immense et magnifique surprise : un petit temple, maçonné, avec des murs en pierres intactes venait de renaître au grand jour. Une sorte de petit « Pompéï » ! Afin qu’il reste accessible au regard de tous, le CEM demanda une modification du permis de construire.

La proposition architecturale du SONIC va dans le sens d’un projet exceptionnel pour les musiques actuelles puisqu’il leur confère un écrin emprunt de respect et de rareté. La proposition architecturale en dit long sur la place accordée, par et dans cette ville, aux musiques actuelles : le patrimoine de plus d’un demi siècle est précieux au Havre. Proposer qu’une partie de ce Fort, ainsi réhabilitée et magnifiée, soit le nouveau berceau des musiques actuelles et populaires participe de cette reconnaissance tant souhaitée.


LE BAR, OCTOBRE 2016

Il s’avère que le patio extérieur du Sonic constitue un véritable lieu de vie, particulièrement prisé, et que la grande galerie donnant au sud sur ce patio face aux voutes du mur d’enceinte est perçu comme un cadre privilégié.
Extension naturelle du SONIC, cet espace de convivialité comporte un vitrage côté arrière-bar donnant sur le talus engazonné et le regard se prolonge au-delà du bâtiment, amplifiant l’ancrage du bâtiment au site du Fort de Tourneville.
L’ensemble des aménagements comprend : un bar entièrement équipé, la création de deux sanitaires et d’un local de rangement/réserve.
Côté esthétique, nous avons misé sur des matériaux nobles et design (béton, bois, acier) tout en privilégiant un aspect chaleureux par la couleur rouge qui prédomine dans tous nos visuels.


LA FORM PRO

Unique pôle de formation technique et artistique dans un rayon reliant Lille à Brest, l’organisme de formation professionnelle du CEM a des locaux flambant neufs au Fort de Tourneville. Là, nous y développons des actions innovantes sur le territoire.

Le département de formation professionnelle du CEM est composé de :
• Une grande salle de cours de 60m2, reprenant les mêmes codes architecturaux que le SONIC, pôle de répétition également porté par le CEM, imaginée par la même équipe d’architectes (A.s.A ARCHITECTES ET ASSOCIES Ivan FRANIC / Michel GARCIN), qui s’est appuyée sur un bâti existant typique en briques et silex et y a associé la technicité et les avantages de matériaux plus contemporains. Cette salle est destinée à des cours théoriques et pratiques.

• Une salle annexe, toujours dans le même esprit architectural, permettant d’accueillir des groupes plus restreints ou de séparer des groupes de travail.

• Un bureau réservé aux personnes ressources de l’organisme de formation (2 personnes)

• Un sanitaire et des locaux techniques

Ces bâtiments seront reliés par un couloir interne à la future école CEM, qui sera inaugurée en janvier 2018. Ce positionnement permet un fonctionnement indépendant du département de formation professionnelle, tout en lui permettant d’être totalement intégré à la structure CEM.

Matériel technique

Équipement modulable, permettant le travail en sous groupes dans différents lieux, différentes salles, différentes configurations.

Les salles de formation sont équipées de :
• Tableau numérique interactif piloté par le logiciel openboard
• 6 postes informatiques portables
• un accès Wi-Fi très haut débit est disponible dans toutes les salles de formation du CEM. Permettant une interaction efficace avec les différents outils proposés et une grande mobilité des stagiaires et des formateurs au sein des espaces de formation de façon à servir la pédagogie proposée.


L’ÉCOLE CEM AU FORT

Le CEM, « maison mère », a depuis 30 ans son siège social basé 10 rue Franklin. Depuis plusieurs années, le bâtiment était devenu non-conforme pour l’activité qui lui est dédiée. Des locaux inadaptés, insécures et trop petits devenaient un frein au développement de l’activité – tant d’un point de vue des projets pédagogiques que de l’activité de formation professionnelle. Par ailleurs, le bail devait prendre fin, de manière définitive en juin 2017. Ce qui incita le CEM à envisager un déménagement.

Les réserves du Muséum d’Histoire Naturelle situées dans le prolongement du SONIC (voir ci-contre), se sont révélées être une extension naturelle pour que le CEM puisse rêver y installer son école dans le cadre d’une 2ème phase de travaux qui se tient actuellement : plus de 2000m² adaptés et équipés autour des mêmes grands principes architecturaux que le SONIC :
• Des volumes et des surfaces adéquats
• Des traitements acoustiques adaptés
• De la lumière, des arbres et de la transparence
• Un patrimoine réhabilité avec respect et justesse
• Des matériaux simples et résistants
• Des lieux de vie où il fait bon vivre

Ainsi, le CEM « école » au Fort de Tourneville comprendra :
• 17 salles destinées à l’enseignement et à la pratique collective des musiques actuelles (isolation et traitement acoustiques) pouvant accueillir les 800 élèves déjà inscrits
• Des espaces d’accueil des publics, lieux de vie, de ressource et d’échange,
• Des locaux administratifs (bureaux et stockage archives),
• Des espaces d’accueil et de travail pour les professeurs,
• Des espaces de rangement des instruments et du matériel musical,
• Tous locaux de service et techniques nécessaires

Le tout sur 1369 m2

Six travées voûtées situées dans l’aile est du bâtiment A dite « archives muséum », accueillent les principaux espaces dédiés à l’école de musique sur deux niveaux, ainsi que des espaces de détente et d’accueil.

Dans ce corps de bâtiment, la travée centrale comportant l’escalier est affectée aux activités d’enseignement musical après création d’un plancher et la travée d’extrémité donnant sous la voûte d’accès au Fort a été transformée pour accueillir toutes les circulations verticales ainsi que des locaux d’accueil et administratifs directement liés aux studios.

Les locaux réservés à l’administration prennent place dans l’aile (à simple rez-de-chaussée) située à l’Est (dit « cuisines ») et en liaison avec le SONIC.

L’accueil

La première travée ouest est affectée aux circulations verticales (escalier, ascenseur) après suppression du plancher de l’étage existant et création d’un niveau intermédiaire accueillant un bureau et un local de rangement.

Cette disposition permet de créer un grand volume très lumineux éclairé naturellement par une verrière prévue au sommet de la voûte qui attire le regard des visiteurs traversant le passage d’accès au Fort en empruntant l’entrée principale.

Cet éclairage zénithal (avec la lumière du jour) et les vides autour des volées d’escaliers accentuent la volumétrie de la voûte tout en permettant une lisibilité immédiate de l’organisation des niveaux et activités.

Côté Est, une terrasse protégée par un auvent et surplombant la douve (cour anglaise) donne accès à l’aile de l’administration de l’école installée dans un bâtiment indépendant.

Une liaison directe existe avec le bâtiment A en passant par les espaces de détente (cafétéria, cuisine de réchauffage) mis à disposition du personnel d’encadrement et donnant sur la deuxième entrée des studios du rez-de-chaussée ou de l’étage.

Les salles de cours : de véritables studios de répétition
La configuration des voûtes et la nature du bâtiment ont permis de créer des locaux parfaitement adaptés à l’école de musique.

Les locaux destinés à l’usage de l’enseignement de la musique présentent une hauteur confortable et des dimensions appropriées (rapport longueur / largeur). Ces beaux volumes sont essentiellement réalisés en briques et le projet a mis en valeur des matériaux naturels témoignant de la qualité architecturale de l’existant.

Les studios présentant un niveau acoustique plus élevé sont munis d’un véritable sas acoustique garantissant le bon fonctionnement simultané de l’ensemble des activités musicales.

Chaque studio dispose d’une fenêtre et bénéficie ainsi de la lumière naturelle.

Leur accessibilité se fait par des volées d’escalier et un ascenseur PMR desservant chaque niveau et prévu dans le hall d’entrée de la travée 0-1.

L’administration

Les locaux du personnel administratif sont installés dans un bâtiment qui peut être rendu indépendant de l’école et conserve de ce fait une certaine autonomie et confidentialité.

Les bureaux, salle de réunion, sanitaires, local de rangement constituent une entité homogène accessible de plain-pied par la terrasse créée au-dessus de la douve.

Certains bureaux sont implantés dans le bâtiment comportant les studios de l’école de musique car ils sont occupés par des personnes dont la fonction est d’être plus fréquemment en contact avec les utilisateurs des studios.

Les techniques

Pour tenir compte de la configuration du bâtiment très linéaire et présentant des voûtes de grande hauteur, les principes techniques et architecturaux prévus ont garanti des coûts de construction et de fonctionnement bien maîtrisés.

En effet, plusieurs petits locaux techniques sont situés à l’intérieur du bâtiment au rez-de-chaussée et à l’étage en partie centrale pour distribuer aisément les studios. Les équipements techniques de ventilation sont implantés dans le plenum de ceux-ci et les réseaux de gaines sont donc très réduits.

Pour les passages des câbles et de canalisations, un plancher surélevé a été prévu dans le dégagement central et son altitude de l’ordre d’une marche correspond aux dalles flottantes prévues dans les studios.

Cette disposition permet d’éviter les transmissions solidiennes (désolidarisation du sol et des parois).

L’acoustique

La construction « massive » du bâtiment et la création des désolidarisations indiquées ci-dessus permettent de traiter la transmission des bruits par voie solidienne et assurent un bon isolement.

La localisation judicieuse des locaux techniques et le recours à des systèmes de ventilation indépendants permettent d’éviter la propagation des sons par les gaines (voie aérienne).

La correction acoustique intérieure est réalisée avec des panneaux essentiellement absorbants mis en œuvre dans les studios, sur une partie des parois verticales et sur la voûte.
Les matériaux apparents sont naturels (bois ou métal) pour bien se marier avec la brique des studios, ce qui permet de conserver la qualité architecturale des locaux.

L’isolement extérieur a été complété par une intervention sur les châssis vitrés par des éléments appropriés aux exigences acoustiques et thermiques (révision, ajout d’un deuxième châssis ou remplacement

Budget : 6 500 000 €
Surfaces : 1369 m2